Samedi 14 mai 2011 6 14 /05 /Mai /2011 20:03

CAPTIFS ***

(BAC)

 

Ça commence par une image d’épouvantail inquiétant. Puis le meurtre d’une petite fille qui joue à cache-cache.

Vingt ans plus tard, dans l’ex-Yougoslavie, trois membres d’une équipe humanitaire retournent en France (Zoé Félix, Eric Savin, Arié Elmaleh).

Comme la route est fermée pour déminage, les trois Français empruntent des chemins de traverse : au milieu de nulle part des gens les attaquent et les font prisonniers. Ils se retrouvent enfermés, traités comme des chiens.

Qui les a enlevés ? La mafia ?  Une milice ? Et que leur veut-on exactement ?

Si la première partie laisse un peu à désirer, la seconde partie (l’évasion) est vraiment très réussie, captivante. Zoé Félix peut être fière de sa prestation.

Un film éprouvant. On en émerge concerné par le sort des otages. A l’heure où j’écris ces lignes, il reste toujours huit Français retenus à l’étranger, dont les deux journalistes de France 3, Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, prisonniers depuis plus de treize mois en Afghanistan. On ne les oublie pas.

Par Walpurgis
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Samedi 14 mai 2011 6 14 /05 /Mai /2011 20:01

DES HOMMES ET DES DIEUX ***

(Warner B)

Un film de Xavier Beauvois sur le massacre des moines de Tibhirine.

Les gens du village semblent les apprécier : ces prêtres guérissent leurs enfants, vont à la mosquée. L’harmonie règne dans les rapports humains. Le père Christian (Lambert Wilson) lit le Coran et la vie de Saint François.

Le père Luc, c’est Michael Lonsdale, tout à fait crédible en vieux prêtre affable, d’une bonté si naturelle qu’il ferait croire que la bonté est inhérente à la nature humaine, comme le disait Pierre Moinot en parlant de son propre père, dans « La Saint-Jean d’été ».

Les islamistes du village ne comprennent pas les terroristes. Ils font part de leur désarroi.

C’est un beau film : on en sort grandi, il vous rend meilleur, ce qui n’est peut-être qu’une illusion. Il vous apaise. Un film qui vous rapproche des hommes et peut-être de Dieu.

Des meurtres sont commis à vingt kilomètres du monastère, mais les moines refusent toute protection militaire. « Rappelez-nous avant qu’il ne soit trop tard » leur lance le représentant du gouvernement…

Par Walpurgis
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Samedi 14 mai 2011 6 14 /05 /Mai /2011 19:56

Ian MacDonald. Revolution in the head. Les enregistrements des Beatles et les sixties (Le mot et le reste) ****

Quasi exhaustif

Il existe peut-être une centaine d’ouvrages sur les Beatles, certains fort médiocres et bourrés d’erreurs (les pitoyables miscellanées de Gilles Verlant). Mais l’ouvrage d’Ian MacDonald est un grand classique déjà ancien (1994, réactualisé à deux reprises). On en attendait la traduction depuis plus de quinze ans. Enfin une approche intellectuelle des Fab Four , une vraie mine. Toutes les chansons y sont répertoriées avec intelligence et à propos. Il suffit de se pencher pour recueillir des trésors.

Un seul reproche, son élitisme. Les commentaires musicaux, trop ardus, plombent un peu l’ouvrage. L’auteur aurait dû faire un effort de vulgarisation. On se sent un peu snobé. On a l’impression de lire une revue comme « Diapason » qui soudain aurait perdu ses œillères, pris un virage pop, se serait ouvert au monde du rock.

Ce genre d’ouvrage change tellement de la vacuité abyssale de la critique rock en général qu’on est navré d’y lire de temps à autre des commentaires entachés d’une certaine subjectivité : l’auteur, par exemple, traite « Piggies » d’embarrassant faux pas dans l’œuvre de George Harrison, alors qu’on peut la considérer aussi comme une de ses meilleures chansons, avec cet effet de distanciation entre les paroles ironiques et la musique de menuet. D’ailleurs, Ian MacDonald semble ignorer ce concept, ces effets de distanciation, c’est dommage.

Il y a aussi quelques erreurs de traductions : « Fourth Time Around » de Dylan ne signifie pas « pour la quatrième fois » mais plutôt « quatrième tournée », comme je l’avais signalé à un biographe qui d’ailleurs a oublié de me créditer.

A propos d’ « Eleanor Rigby », on apprend que, pour le romancier A.S.Byatt, le texte présente « la perfection minimaliste d’une nouvelle de Beckett ». L’exégèse en semble pertinente : « La foi religieuse est morte en même temps que l’esprit communautaire (« pas un ne fut sauvé ») ». Les Américains préféreront « la légèreté apaisante » de « Yellow Submarine » au pessimisme d’ « Eleanor Rigby ».

Pour « Yellow Submarine » justement, les Beatles ont dévalisé la pièce d’Abbey Road où étaient « entreposés toutes sortes d’objets potentiellement bruyants – chaînes, sifflets, sirènes, tuyaux, clochettes et même une vieille baignoire en étain. » Et la fanfare, d’où vient-elle donc ?... Ian MacDonald semble anticiper nos questions... « Divers autres effets seront piochés dans des disques, dont un fragment non crédité d’un vieux 78 tours de musiques de fanfare, coupé par Martin et habilement inséré dans les deux dernières mesures du dernier couplet. »

Les notes infrapaginales ne sont pas de reste : « Le fragment en question est probablement issu de la marche « Le Rêve Passe » (Krier-Helmer, 1906). »

« When I’m Sixty-Four » est décrit par McCartney comme « une parodie de la vie dans le nord de l’Angleterre ».

« Sgt. Pepper » semble un concept imaginé par Paul : « Une réincarnation des Beatles sous la forme d’un alter ego collectif. Sur la chanson-titre, « les effets de bruits de foule et d’accordage d’un orchestre furent empruntés à la captation par Martin du spectacle de comédie Beyond the Fringe (donné au Fortune Theatre de Londres en 1961). » Quant à McCartney, il « a remplacé un solo d’Harrison que celui-ci avait mis sept heures à enregistrer. Ceci pourrait avoir contribué à la moindre implication d’Harrison dans Sgt. Pepper. »

En ce qui concerne « Cry Baby Cry », « De tous les Beatles, c’est Lennon qui avait le plus facilement accès au monde de l’enfance, et cette chanson, avec son soleil trompeur et ses rires mystérieux derrière des portes entrouvertes, est l’un des produits les plus évocateurs de ce canal créatif ».

Un livre qui ravira les spécialistes les plus avertis, comme Louis-Marie Desaivres. Un ouvrage indispensable, je vous dis !

528 pages, broché, 28 euros, cahier quadri.

Par Johnny Mitchell
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Samedi 14 mai 2011 6 14 /05 /Mai /2011 19:54

Thierry F Le Boucanier. Batcave Memories **

(LE CAMION BLANC)

C’est un petit livre anecdotique que nous propose le Camion Blanc, sur les soirées branchées des premiers « vampires punks » dans les années 80, la première vague goth. Le narrateur, ce n’est ni un musicien ni un journaliste mais un DJ qui a organisé des fêtes où venaient des m’as-tu-vu un peu drogués, des poseurs : ils avaient l’impression de participer à des messes noires de la noblesse, à des fêtes de sorciers haute gamme ou de haut lignage alors qu’il s’agissait tout bonnement du dernier rendez-vous mondain trash. On pourrait traduire le titre ainsi : souvenirs d’une chauve-souris de cave. Le sous-titre, c’est « Vingt-cinq ans de soirées et de rencontres dans le milieu gothique parisien ». On en a trouvé la lecture sympathique mais ça reste très superficiel.

La vague batcace apparaît vers 1983. « Il s’agit d’une réinvention du style glam rock de Bowie avec un côté sombre, ténébreux, faisant allusion aux films d’horreur de la Hammer. »

En 1986, Thierry le Boucanier a une tignasse de Méduse gothique, mais les photos sont mal reproduites (on dirait des clichés de fanzines). L’auteur évoque ses rencontres avec les Virgin Prunes, leurs concerts extraordinaires, entre Grand Guignol, théâtre de la cruauté. « Commedia dell Arte sanglante et cauchemardesque » nous dit l’auteur, ce qui nous semble très juste. C’est une belle musique, mais bien sauvage. Nulle régularité, nulle bienséance, nul art. De la bassesse avec de la grandeur. De la bouffonnerie avec du terrible.

Dans un premier chapitre, Thierry Le Boucanier tente de faire la genèse du mouvement goth mais les analyses de Philippe Robert dans son ouvrage sur le Post-Punk, la No Wave, les musiques indus (ou indues…) et la Noise nous ont semblé plus pertinentes.

Dommage qu’il ne parle ni d’Adam Ant, pirate aristocratique, ni  de Visage. Sur la pochette d’un album, une photo d’Helmut Newton, conception de  Peter Saville. Steve Strange accoutré en officier de marine nazi, l’air anxieux comme une actrice du muet. Il est assis tout au bout d’une chaise, prenant la pose. A mi-chemin entre Marlene Dietrich et un pantin de bois. « The Damned Don’t Cry » ressemble étrangement à « Fade to Grey ». C’est un morceau infiniment nostalgique. Sur la pochette, outre les noms des musiciens, figurent le nom du coiffeur du chanteur et celui de son couturier… Les nouveaux romantiques anglais, c’est déjà la vague fuligineuse, les prémisses du gothique et de l’électro, non ?

Imaginez des Doors qui auraient joué sur des machines… Siouxsie Sioux était  leur égérie, avec ses drôles d’initiales...

Les passages concernant Stiv Bators et les Lords of the New Church m’ont semblé décevants. Thierry n’a pas su rendre présente la personnalité du chanteur. Pourtant ce livre est dédié à la mémoire de Stiv Bators.

Quant aux Virgin Prunes (Dark Wave), ce groupe pouvait sembler malsain, hyper trash. En fait, il n’en était rien. C’était du Grand Guignol, pas de la magie. Ils brandissaient des têtes de veaux, fraîchement décapités. Cela faisait songer au théâtre de la cruauté, aux rêveries d’Antonin Artaud : il y avait un humour sous-jacent, une sorte de second degré. « Ulakanakulot », « Decline and Fall » peuvent paraître encore étonnants, avec ces chœurs mortuaires, cet accent irlandais à couper au couteau, cet anglais dialectal : « Take your dream and fly away ».

Virgin Prunes, c’est une étoile noire qui a brillé quand la vague est devenue froide. La Cold Wave (appellation strictement française, nous rappelle le Boucanier) c’est un peu de la New Wave sulfureuse. Il y a chez eux un côté tribal à la Adam and the Ants. Mais les pirates sont devenus sorciers. « Walls of Jericho » fait allusion à un épisode de la Bible, les murailles qui s’écroulent au son des trompettes. Avec toujours cette grosse basse hypnotique, à la Simon Gallup.

Gavin Friday, le chanteur, on aurait dit qu’il avait été brûlé sur un bûcher en compagnie de bêtes d'étables Des vents moyenâgeux et désolés avaient balayé longtemps la place déserte. C’était pour avoir dévoilé de quelle couleur étaient les dessous  de la Reine que Friday avait été brûlé un vendredi.

Quant à Guggi, c’était un type très pâle, fragile, tiens, comme un Ziggy devenu fantôme.

 

Mais loin des nuits parisiennes, on faisait des choses pas mal en province aussi. Dans ces années-là nous avions monté la scène des sorcières de Macbeth, avec un instrumental des Virgin Prunes en fond sonore : de la musique hypnotique, des bandes magnétiques passées à l’envers : l’effet que ça avait fait sur les spectateurs, tétanisés, cloués sur place…

 

Bref, un bon petit livre anecdotique, assez bien rédigé parfois, mais pas transcendant.

 

Rien de nouveau sous le soleil, mais rien de nouveau non plus dans les ténèbres…

Par Johnny Mitchell
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Mardi 9 février 2010 2 09 /02 /Fév /2010 19:36

 

Les Who, je les ai vus à Plumpton en août 1969. Je crois bien qu'ils jouaient déjà "Pinball Wizard", mais je n'en suis pas sûr. Pete Townshend tenait le devant de la scène. Il faisait de grands moulinets avec sa guitare, bondissait, impressionnant. Le bassiste, John Entwistle, imperturbable, avait tout d'un fonctionnaire. Keith Moon ne m'avait pas marqué. Mais leur show était trop bien réglé, sans vrai folie, et Roger Daltrey semblait passablement énervant avec sa veste à franges à la Davy Crockett. Bref, je n'avais pas retrouvé le groupe que j'aimais ("My Generation", "I Can't Explain", l'intimiste "Pictures of Lily", etc.) mais un groupe déjà fortement américanisé, très "pro" mais pas forcément au bon sens du terme : il n'y avait plus de place pour la folie, semblait-il, dans ce professionnalisme. Mais les Pink Floyd au même programme m'avaient fait le même effet... L'époque Barrett paraissait déjà très, très loin, complètement révolue, il n'y avait plus d'épouvantail, plus de gnome, plus d'Emily, juste le coeur du soleil qu'il fallait contrôler et un seigneur de l'astronomie bien décevant, sans fulgurance... Soft Machine (toujours au même programme !) m'avait davantage plu. Ils avaient l'air d'y croire. Pourtant ils n'avaient joué qu'un quart d'heure : il y avait eu une panne d'électricité et Robert Wyatt lui aussi avait pété les plombs. Leur show avait été interrompu. Mais j'ai l'impression de raconter des souvenirs d'ancien combattant de je ne quelle guerre psyché, je vous prie de m'excuser, d'autant plus qu'il y en a qui vénèrent les Who, et qui mettent le "live" at Leeds au-dessus de bien des merveilles.


J'étais allé à Bath également, deux mois auparavant, le 27 juin 1969. C'était merveilleux.

En l'espace de deux mois les festivals avaient changé du tout au tout. Plumpton, ça annonçait déjà l'île de Wight, les grands shows sans beaucoup d'âme, les troupeaux, et les festivals étaient déjà devenus des "festi-veaux". Il ne faut pas sublimer le passé, il faut essayer d'être objectif, dans la mesure du possible.


Je ne suis pas allé à l'île de Wight, mais je confonds peut-être 69 et 70, il y avait eu Dylan, Donovan et les Doors.

Ce qui m'a le plus marqué en concert : Spooky Tooth (vus deux fois en 68 au Marquee), les Nice, Fleetwood Mac, vraie tornade sonore, et Led Zepp, avec Page qui jouait avec un archet (sûrement taillé dans une vieille baguette magique)...

Par Johnny Mitchell
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