Lundi 8 février 2010 1 08 /02 /Fév /2010 18:32

Hier j’ai voulu voir « Inspecteur Bellamy », de Claude Chabrol. Mal m’en a pris. L’inspecteur Bellamy, c’est le genre Maigret de province, mais sans le talent de Simenon. Une intrigue foireuse, des acteurs qui s’ennuient, des spectateurs qui se demandent ce qu’ils font là. L’inspecteur enquête sur un meurtre, mais dès les cinq premières minutes on ronfle comme un sonneur.

Il y a cependant un repas très bien filmé : on sert une pintade au chou dans une vieille salle à manger qui sent la bourgeoisie, le XIXème siècle, avec un papier peint vieillot à souhait. Le seul problème, c’est que la pintade a l’air froid. Chabrol n’a rien d’un perfectionniste. On aurait aimé la voir fumante, la pintade. Même le gros Depardieu n’a pas dû se régaler. « L’inspecteur Bellamy », on dirait un téléfilm. Parfois le vieil Homère dort. Et Chabrol donc !

Par Johnny Mitchell
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Mercredi 3 février 2010 3 03 /02 /Fév /2010 19:46

Les naufragés

Trois naufragés arrivent sur une île. Ce sont trois enseignants. Il y a un prof d’anglais, un prof de lettres et un prof de maths. L’île est peuplée d’éléphants. Il n’y a que ça, à part des caisses, contenant du papier et des crayons. Comment s’occuper ?

« Nous n’avons qu’à écrire » décident-ils.

Au bout d’un mois, le prof d’anglais, sans inspiration, a juste écrit une page : « Exercices d’application. My elephant is rich. » Repeat please… 

Au bout de deux mois, le prof de lettres a écrit péniblement deux ou trois feuillets. Thème : les éléphants dans la poésie au XIXème, chez Leconte de Lisle, etc.

Au bout de six mois, le prof de maths a rempli douze volumes de 500 pages : « Les éléphants et le théorème de Pythagore. Exercices de remise à niveau »…

Par Johnny Mitchell
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Mercredi 23 décembre 2009 3 23 /12 /Déc /2009 05:48

 

 

 

Dérouillade Blues

 

 

 

 

 

Boris Vian, ses interprètes, et l’influence qu’il a exercée…

 

 

 

 

 

 

On fête les cinquante ans de la disparition de Boris Vian. Il mourut d’une crise cardiaque en 1959. Il n’avait pas atteint la quarantaine.

 

On le sait, l’auteur de « L’écume de jours » n’était pas seulement un romancier. Il a écrit des chansons étonnantes, et l’influence qu’il a exercée sur les jeunes générations reste déterminante, essentielle, de Serge Gainsbourg à Antoine, en passant par  Philippe Clay, Henri Salvador, un de ses grands potes, Serge Reggiani, Jacques Dutronc, Yves Simon et Jacques Higelin.

On trouvera dans cet article quelques chansons qui n’auraient vraisemblablement pas été écrites si « Bison Ravi » n’avait pas existé, s’il n’avait pas commis « J’suis snob » ou « J’voudrais pas crever ».

Nous avons aussi sélectionné ses principales reprises. Les noms des interprètes ont été mis entre parenthèses après chaque titre. Nous avons classé les morceaux dans l’ordre chronologique, sauf en conclusion.

 

 

 

1955

 

Sur « On n’est pas là pour se faire engueuler » (Philippe Clay) des Parisiens veulent voir un roi africain, mais ils se font refouler par les agents de police : « On arrive sur le boulevard sans retard pour voir défiler le roi de Zanzibar. »  Même au paradis, le narrateur ne supporte pas qu’on lui fasse des reproches : « On n’est pas là pour se faire engueuler, / On est v’nu essayer l’auréole / On n’est pas là pour se faire renvoyer / On est mort, il est temps qu’on rigole. / Si vous jetez les ivrognes à la porte / Il ne doit pas vous rester beaucoup d’monde. »

 

 

1957

 

« Je me souviens de vous » (Salvador) semble une chanson cafardeuse. « Amie perdue, ma vie, mon cœur, voici que se ferment les fleurs, et voici que je pleure. » Le personnage s’est senti trahi par son amie, les oiseaux en ont perdu leurs couleurs : « Je vous ai vus dans le jardin, sa joue collée à votre joue. / Dans le verger plein d’oiseaux gris, s’est arrêtée ma vie. »

 

1958

 

Dans « ça pince » (Salvador), le personnage va chercher des crabes dans les rochers, mais il rapporte une « belle sirène bronzée » dans son « « plumard ». Ah, l’argot des années 50 !

 

Le « Blues du dentiste » ou « Blouse du dentiste » (Salvador) raconte une mésaventure arrivée au narrateur. Il est tombé sur un plombier qui donnait un coup de main à un ami dentiste. On se croirait chez le bourreau : « Il a les tenailles à la main. /Oh, oh, oh, maman, j’ai les guibolles en fromage blanc. / Avant même que j’aie pu faire ouf, / il m’fait déjà sauter trois dents. » Mais la torture n’est pas terminée : « Il me grille la gueule au chalumeau », et le plombier lui prend toute sa paye. Une chanson de malchance et d’usurpation d’identité.

 

« Moi j’préfère la marche à pied » (Salvador) fait songer à « La complainte du progrès » (1955) avec son avalanche de gadgets : « Une bagnole pleine de trucs mécaniques, / Une tirette pour le whisky glacé, / Un bouton pour le beefsteak pommes frites. » Bernard Lavilliers reprendra plus tard « La complainte du progrès ».

 

Sur « Trompette d’occasion » (Salvador), le narrateur a déniché un vieil instrument au marché aux puces.

 

« Le poinçonneur des Lilas », de Serge Gainsbourg, met l’accent sur un personnage anonyme : « Le gars qu’on croise et qu’on ne regarde pas ». On l’a relégué dans des enfers modernes : « Y a pas de soleil sous la terre ». Son métier est terriblement machinal : « Paraît qu’y a pas de sot métier, / Moi j’fais des trous dans des billets ». Son job est tellement répétitif qu’il en a des hallucinations : « Parfois je rêve, je divague, / Je vois des vagues, / Et dans la brume au bout du quai / J’vois un bateau qui vient me chercher. » Il craque, rêve d’évasion : « J’en ai marre, j’en ai ma claque / De ce cloaque, / Je voudrais jouer la fille de l’air, / Laisser ma casquette au vestiaire ». A la fin, le personnage devient suicidaire : « Y a de quoi devenir dingue, / De quoi prendre un flingue, / S’faire un trou, un petit trou, un dernier p’tit trou. » C’est une chanson tout à fait dans le style de celles de Boris Vian. La dette semble évidente…

 

Dans « Charleston des déménageurs de piano », un titre à la Boris Vian, Serge Gainsbourg s’intéresse aux petits métiers bizarres, comme dans la chanson précédente. Il utilise les noms propres comme autant de mots poétiques, insolites : « C’est nous les déménageurs de piano, / Des Steinway, des Pleyel et des Gaveau. » Mais le reste du texte manque d’inspiration, tombe vite dans la trivialité.

 

1960

 

Sur « Faut rigoler » (Salvador), le chanteur, originaire de Guyane française, se moque des leçons d’Histoire inadaptées, qu’il a reçues à l’école : il ne sentait guère concerné par ces prétendus aïeux ! « Nos ancêtres les Gaulois » (il accentue sa prononciation créole), « Cheveux blonds et têtes de bois, / Longues moustaches et gros dadas. » On pense aux paroles du « Lycée Papillon », à ses anachronismes : « Nos ancêtres les Gaulois / Inventèrent le tabac, / Et c’est grâce à ce truc-là / Qu’ils s’fendaient la pipe à tour de bras ! » Le chanteur surfe sur la mode du cha-cha-cha en chantant ce mambo. C’est le premier grand succès d’Henri Salvador, qui a enfin trouvé un créneau : la chanson comique.

 

1963

 

« Ce grand méchant vous », c’est encore du Serge Gainsbourg, première manière. Cette chanson dit la peur du vouvoiement et donc de la distance, dans les relations amoureuses : « J’ai peur du grand méchant vous. / Ah ! la vilaine bête que ce vous ! » Un texte dans la lignée de ceux du grand Boris.

 

Dans « Maxim’s », le chanteur se rêve en grand seigneur désinvolte, généreux (« Dix sacs au chasseur »). « Ah ! baiser la main d’une femme du monde / Et m’écorcher les lèvres à ses diamants. » Dès 1963, Serge Gainsbourg a ce goût des anglicismes comme s’ils insufflaient un souffle poétique, un sang neuf à la langue française, en en renouvelant le vocabulaire, mais ce procédé peut aussi être considéré comme une forme de snobisme un peu vaine : « S’envoyer un dry au Gordon / Et des Pimm’s Number one ». Parfois, on a du mal à décoder…

 

Sur « Serge Reggiani chante Boris Vian », en 1964, « Je bois », c’est une chanson de mari trompé : « Je bois systématiquement pour oublier les amis de ma femme. » « Le déserteur » date de l’époque de la guerre d’Indochine. Le narrateur s’adresse au président de la république. « Je viens de recevoir mes papiers militaires pour partir à la guerre avant mercredi soir ». Le narrateur refuse cette mobilisation. « Je ne suis pas sur terre pour tuer de pauvres gens ». Il compte voyager, prêcher la désobéissance. Le final est pacifiste : « Si vous me poursuivez, / Prévenez vos gendarmes / Que je n’aurais pas d’armes / Et qu’ils pourront tirer », déformant la pensée du poète. Vian avait écrit : « Que je tiendrai une arme / Et que je sais tirer ». Serge Reggiani a donc repris la version de Mouloudji (mais Vian avait accepté cette modification). Dans « Que tu es impatiente », le poète s’adresse à la mort. « On fait le chemin au devant de toi.  / Il suffisait d’attendre. »

 

1966

 

« Une autre autoroute » d’Antoine s’adresse à un beatnik en rupture de ban et renvoie à sa prise de conscience. « Un jour l’habitude / A été trop, / Tu as posé ton fardeau / Et sans regret tu as dit à bientôt. / La route s’est ouverte / A tes pas. » Il a rencontré en chemin la fraternité, la solidarité. « Quand le soir te laisse / Désemparé / Tu sais où rencontrer / Les compagnons / Qui sauront te consoler. » Les paroles semblent inspirées de « Jeanne » de Brassens (dont Antoine reprendra « L’Auvergnat », autre chanson de solidarité) : « On ne te demande pas ce que tu étais, ce que tu faisais. Tu es là, on t’offre l’amitié. » Brassens écrivait : « Son auberge est ouverte aux gens sans feu ni lieu (…) on peut entrer sans frapper, sans montrer patte blanche. /Chez Jeanne, on est n’importe qui, / On vient n’importe quand, / Et comme par miracle, par enchantement, / On fait partie de la famille. »  On note aussi un hommage appuyé à Dylan et à Boris Vian : « Leurs mots troublants ne sont que réalité vraiment. »

 

1968

 

« Les rois de la réforme » (Jacques Dutronc) s’insurge contre le service militaire. Une chanson pacifiste dans la lignée du « Déserteur » de Boris Vian (c’est d’ailleurs aussi une lettre). A l’instar de Serge Gainsbourg, Jacques Lanzmann utilise des anglicismes. « Je dirai j’ai une nervous breakdown, tout ce que j’ai, je vous le donne ».

 

1970

 

« Je voudrais pas crever » est un texte à la fois désespéré et désopilant, interprété par Serge Reggiani. Le personnage ne veut pas mourir avant d’avoir tout essayé, tout vu, tout lu, connu toutes sortes d’expériences et même les animaux les plus bizarres : « Les chiens noirs du Mexique / Qui dorment sans rêver (…) Les araignées d’argent, / Au nid truffé de bulles. » Il se voit en cosmonaute pour « Savoir si la lune / Sous son faux air de thune / A un côté pointu. » Il compte même se déguiser en femme : « Je voudrais pas crever (…) sans avoir essayé de porter une robe sur les grands boulevards. » l’allégorie de la mort prend l’aspect d’un batracien bancal : « Et moi je vois la fin qui grouille / Et qui s’amène avec sa gueule moche / Et qui m’ouvre les bras / De grenouille bancroche. »

 

Sur « Jacques Canetti présente Jacques Higelin », en 1973, dans « L’année à l’envers », le temps régresse « Jusqu’au mois de juillet, / Jusqu’à ce foutu soir / Où tu m’as laissé choir ». « Huit jours en Italie » est encore une reprise du poète de Saint-Germain-des-Prés. Les déjeuners lui font faire des progrès en italien. « Gelati, spaghetti, fritteti, legumi, salami » ...

 

1974

 

Dans « Soldats, ne tirez pas » de Maurice Vidalin, un déserteur s’adresse aux militaires qui le pourchassent, mais ce texte (interprète : Gérard Lenorman) paraît bien moins fort que celui de Boris Vian sur le même thème.

 

1979

 

Dans « Au bal des ballots », Salvador énumère les différents types de dancings : « Y a des bals pour les pompiers / Et les joyeux militaires. / Y en a pour les vieux notaires / Et les sombres charcutiers. » Il y a de l’agitation dans l’air : « Viens au bal aux ballots, / C’est pas Waterloo,  / Mais on s’y bouscule. »

 

Dans « Dérouillade blues » (Salvador), le narrateur se fait accoster par trois « malabars » qui le passent à tabac dans une allée du bois de Boulogne. Puis ils s’aperçoivent de leur erreur quand ils vérifient ses papiers d’identité. « M’sieur Salvador, excusez-nous, on s’est trompés. On vous a pris pour un boxeur / Qui nous a séduit nos petites sœurs… » Encore un air de malchanceux, basé sur un quiproquo, plus cinématographique (les films de gangsters) que théâtral.

 

1995

 

« Une bonne paire de claques » (Salvador) c’est le remède idéal pour ceux qui sont blasés. « Quand la vue d’un  strip-tease vous fait dire : quelle bêtise, il reste encore un truc / Qui n’est jamais caduc / Pour voir la vie en rose : / Une bonne paire de claques dans la gueule, / Un direct au creux de l’estomac. » Efficacité garantie : « C’est bien plus bath que le foie gras en terrine, / Car c’est moins cher et ça n’alourdit pas. » La chanson se termine par une scène de ménage ou par un psychodrame : « Une bonne paire de claques dans la gueule, / Et ça me consolera, chérie, / Des soirées où tu manoeuvrais le rouleau à pâtisserie. / Tiens, salope ! »

 

 

 

 

 

 

En 1973, Yves Simon sut rendre à Boris Vian un hommage émouvant sur son album « Au pays des merveilles de Juliette ». « Les gauloises bleues » est une évocation délicate de la jeunesse d’Yves Simon, un peu bohême. « On fumait des gauloises bleues 

/ Qu’on coupait souvent en deux. / Les beaux jours ! / Les petites femmes de Paris montaient sur nos balcons / Voir si les fleurs du mal  poussaient encore en cette saison. » L’utopie était au pouvoir : « Jefferson Airplane s’installait à la présidence / Car les anciens rois du monde venaient d’interdire la danse. » Dans les rêveries du chanteur, Boris Vian rejoint Michel Polnareff : « Boris inventait le jazz / Tous les soirs au Bal des Lazes. / Les beaux jours ! / Et sa trompinette mettait le feu aux lampions. »

Les beaux jours rejoignent alors L’écume des jours…

 Et comme disait Antoine : ses mots troublants « ne sont que réalité vraiment ».

Par Johnny Mitchell
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Mercredi 23 décembre 2009 3 23 /12 /Déc /2009 05:10

La carrière solo d’Eddy Mitchell commence en 1963. Il vient de quitter les Chaussettes et de terminer son service. Le rocker vient d’avoir 21 ans.

 

Voici Eddy…C’était le soldat Mitchell

 

Premier album.

Dans « Quand une fille me plaît », le chanteur joue les Don Juan.

 

« Chain Gang » est une chanson de prison, qui inspirera le « Sing Sing song », de Claude Nougaro, en 1965. « Là, au bout de la terre se trouve Chain Gang, la prison de l’Enfer ». « Il n’y a pas de ciel au-dessus de Chain Gang ».

 

En reprenant « Je reviendrai », Eddy est toujours en concurrence avec Les Chats sauvages, de Dick Rivers.

 

Autres titres : Si tu penses. Tout s’est réalisé. C’est grâce à toi. En revenant. Une fille dans les bras. Une fille si belle. Quel est votre nom ? Pour vous. La longue marche.

 

Eddy in London (1963)

 

Cet album fait la part belle aux standards du rock des pionniers. Eddy essaye de se forger une image plus dure que celle qu’il avait du temps des Chaussettes. Il reprend “Good Golly Miss Molly”, de Little Richard (“Jolie Miss Molly”), « Kansas City”, du même, “Peggie Sue” de Buddy Holly.

« Sentimentale » est une adaptation d’un succès d’Elvis Presley. Elle évoque une jeune fille romantique, un peu rétro. Elle aime les clairs de lune, les valses à trois temps… Elle n’est pas rock’n’roll, mais peu importe. « Moi, ça m’est égal ».

« Comment vas-tu mentir ? » est une reprise du « C’mon Everybody », d’Eddy Cochran.

Autres titres : Te voici. Blue jean bop. Belle honey. Ready Teddy. C’est le soir. L’oncle John. Jolie Mélodie.

La même année sort en 45 tours « Tu n’as rien de tout ça », une adaptation d’un hit d’Elvis Presley, « Devil in Disguise », sur le thème des apparences. « Tu as l’air d’un ange, tu marches comme un ange, tu parles comme un ange »…

 

Panorama

Enregistré à Londres en 1964. Eddy a 22 ans. La pochette propose une double image du chanteur, en loubard et en homme chic, comme s’il hésitait déjà entre deux carrières, celle de rocker, celle de crooner.

« Repose Beethoven », adaptation d’un hit de Chuck Berry, « Roll Over Beethoven », c’est un hommage un peu ironique au grand compositeur, considéré comme une sorte de rocker avant la lettre. « Presley est jaloux de toi ». « Ta musique est profonde, ta musique a du cœur ». « Tu chantais à tue-tête en buvant ton whisky. Repose Beethoven, toi qui aimais la vie ». Un requiem un peu moqueur, mais bon enfant.

Autres titres : J’irai bien. Pas de chance. J’irai au Paradis. Memphis Tennessee. Oh mon cœur ! Doucement mais sûrement. Détective privé. Tu vas rentrer chez toi. Maybellene. L’école des cœurs brisés. Donne-moi une idée ;

 

Toute la ville en parle, Eddy est formidable

Sur la pochette, Eddy s’est embourgeoisé. Il est assis sur un fauteuil ancien, retapissé. Il caresse la tête d’un lévrier blanc en faïence. A sa gauche, un chevalet. Sur cet album, Eddy est accompagné par le London All Stars.

« Fauché » met en scène un joueur malchanceux. Tout le monde l’a laissé tomber. « Je prends à témoin le ciel si lointain pour oublier ». Un thème qui inspirera Nino Ferrer (« Le millionnaire »).

Dans « Toujours un coin qui me rappelle », un de ses premiers grands succès, la nostalgie est poétisée. « Quand l’ombre vient, mon pas m’entraîne où l’on allait danser le soir ». C’est une chanson qui suit une rupture. « Comment pouvoir t’oublier ? ». Peut-on retrouver un amour perdu ? « Mais si ton cœur regrette un jour ce grand amour que l’on vivait, reviens alors dans cet endroit où l’on allait, et j’y serai ».

L’album compte plusieurs reprises de Ray Charles.

Autres titres : Il faut croire. J’ai tout perdu. Juste un regard. Qui l’a rendu fou ? Everything all right. Je défendrai mon amour. Le générique. Mais pas pour moi. Trois jours avec toi. Johnny merci.

 

 

Du rock’n’roll au rhythm’n’blues

Enregistré à Londres en 1965. Sur la pochette, un pied sur une chaise, Eddy tient un fusil. Sa collection de colts est exposée sur le mur.

Dans « Rendez-vous », adaptation d’un hit de Roy Orbison, le narrateur est un faux Don Juan. « J’avoue, oui j’ai un succès fou. Les filles se battent pour avoir rendez-vous ». Mais à la fin de la chanson il se retrouve seul, on lui a posé un lapin. Une chanson qui inspirera Christophe (« Succès fou »).

« J’avais deux amis » est un hommage à deux rockers disparus, Buddy Holly, Eddy Cochran, deux figures tutélaires. L’un est mort dans un crash aérien, l’autre dans un accident de voiture. « Un taxi aux portes de Londres, dérapant sur la chaussée mouillée, un taxi aux portes de Londres m’a fait perdre Eddy à tout jamais ». Une chanson dans la grande tradition des bluesmen. Ainsi John Mayall rendra-t-il hommage à J.B. Lenoir dans « Crusade », en 1967 (« The Death of J.B. Lenoir »).

« Je t’en veux d’être belle » est le monologue d’un jaloux. « Je sais que mon bonheur avec toi est bien frêle ».

Dans « Personne au monde », le narrateur est un vagabond solitaire.

« Je ne veux pas le croire » se teinte déjà de nostalgie. « Je revois nos tendres années. Le temps devrait pouvoir s’arrêter ».

« Si tu n’étais pas mon frère » évoque une rivalité amoureuse. « Voler la fille que je préfère, celle pour qui je revivais ». Le narrateur a cassé la figure de ce faux frère. « Si mon poing t’a mis à terre, remercie Dieu de te lever ». Leur amitié s’est brisée à tout jamais. La rupture est consommée. « Entre nous plus rien à faire, nos chemins doivent se séparer ».

Autres titres : J’ai perdu mon amour. Caldonia. La fenêtre. Barbe-Bleue. Tu ne peux pas. J’ai tout mon temps.

 

Perspective 66

Enregistré en 1965. Sur la pochette, Eddy pose en imper blanc, à l’angle de Mitchell’s Street…

« Elle détruit les garçons » met en scène une femme fatale. « On s’attache à sa voix, on ne peut plus l’oublier ».

Dans « Je lui raconte ma vie », le narrateur rencontre la mort. Elle est venue le chercher. Il va au Paradis, joue au poker avec Saint Pierre. « Comme d’habitude, j’ai triché, il a perdu ses clefs ». Le narrateur rencontre alors le Bon Dieu et le diable. Ils le reçoivent tous les deux « Comme un vieil ami »…

« Rien qu’un seul mot » est une adaptation de « Satisfaction », le grand tube de l’année 1965, mais le texte des Rolling Stones en ressort appauvri.

Dans « Revoir encore », le chanteur voudrait reconquérir un amour perdu, « Car depuis son départ, le soleil se fait rare ».

« S’il n’en reste qu’un » parodie joyeusement Victor Hugo. C’est une chanson sur l’intégrité de l’artiste, menacée de toutes parts par les nouveaux chanteurs de variétés. On lui dit que son style est « démodé », qu’il faut qu’il évolue. Eddy en profite pour lancer quelques piques pas méchantes à Georges Brassens, Adamo, Hervé Vilard. « Certains veulent s’asseoir auprès de leur arbre, dans l’espoir d’y trouver un barbu sans barbe, qui leur dise mes amis à Capri c’est fini ». Le riff est démarqué sur « Satisfaction ».

Autres titres : Et tu pleureras. Tu ferais mieux de l’oublier. Aux yeux de ton amour. To be or not to be. Je n’ai qu’un cœur. Serrer les dents. Tu es le seul.

 

Seul

Enregistré en 1966. La couverture représente Eddy, dit « Schmoll », assis sur un banc, au milieu d’une vaste pelouse.

Dans « Au temps des Romains », le chanteur rêve d’une autre vie, se voit en nouveau César ou en nouveau Néron, « Le grand Claudius Schmollum ». « J’aurais ma villa en marbre de Carrare, cinquante musiciens, tous prisonniers barbares (…) Et Cléopâtre aussi, livrée sur un tapis ».

Sur « L’aventure », l’exagération accentue le dégoût. Le narrateur voudrait s’en aller « Loin de toutes ces rues où grouillent mille voitures ».   

Dans « J’ai oublié de l’oublier », le chanteur n’arrive pas à faire son deuil d’un grand amour défunt. « Rester encore amoureux me rendrait si malheureux. Ne plus rêver, ne plus penser à tous les deux ».

Dans « L’épopée du rock », Schmoll rend hommage à Elvis Presley. « Il a mis de l’eau dans son rock, mais je salue son époque ».

« Et maintenant » est une reprise de Gilbert Bécaud, sur une rupture douloureuse et la perte de repères qui s’en suit.

« De la musique » (avant toute chose) parodie l’art poétique de Paul Verlaine.

 

Pour la première fois, Eddy écrit avec le pianiste Pierre Papadiamandis, qui deviendra son compositeur de prédilection. Une longue collaboration, qui dure encore.

Autres titres : Seul. Je serai de retour. Fraulein. L’enfant qui m’a vu pleurer. Société anonyme. La damnation de Faust.

Sur un 45 tours figure « Chronique pour l’an 2000 ». Cette chanson fait allusion à la guerre des yéyés qui opposa Antoine à Johnny Hallyday au printemps 1966. « Beatniks et « anti », tels étaient leurs slogans. Guitares et ciseaux leurs seules armes du moment. Moi qui n’étais que bon enfant je fus nommé sur le champ arbitre pour ce match sanglant ». L’ironie est ici de rigueur. « Les casques bleus furent débordés, les lois de la guerre renversées, oui, le monde fut bouleversé ». « Braves gens de l’an 2000, je ne vous souhaite pas cette guerre civile terrible qui un jour nous arriva ». Mitchell cultive déjà l’art de la dérision.

 

De Londres à Memphis (1967)

Comme son titre l’indique, l’album a été enregistré en Angleterre et aux Etats-Unis. Sur la pochette deux photos dans des aéroports, l’une en noir et blanc, l’autre en couleur.

« Le début de la fin » annonce le thème du « Cimetière des éléphants », son chef-d’œuvre : « Un amour qui s’éteint ».

« Le bandit à un bras » se penche sur les machines à sous. Serge Gainsbourg avait déjà traité ce thème pour Brigitte Bardot. Le bandit manchot « N’est pas sentimental ». Il s’agit d’un monstre froid. « Le ventre plein d’argent, le cœur en métal ».

« Chacun pour soi » tourne au règlement de compte, avec une ex, égoïste et plaintive. « Ah ! Que tu sois heureuse ne m’intéresse pas. Chacun pour soi, c’était ta loi. Tu voulais tout posséder, mais sans jamais rien donner ». La roue a tourné. « C’est à ton tour de pleurer, à moi de jouer ». « De ma vie je t’ai rayée. Je suis fermé ».

« Alice » est une jeune fille rêveuse, mais vite désillusionnée. « Alice, ton pays aux merveilles n’existe plus. Alice, quand tu sors du sommeil, tu n’y crois plus ». Le narrateur est également obsédé par cet endroit magique, mais lui aussi a délaissé ses illusions. « Ce pays que j’ai cherché sans toi m’obsédait des jours entiers ». Sur ce titre excellent, Eddy rivalise avec les grands crooners du rhythm’n’blues, les Otis Reding, les Wilson Pickett.

Autres titres : Docteur, sauvez mon amour. Olé. Toute la ville en parle. Mon père avait tort. Au-delà de mes rêves. Sur mon nuage. Mes promesses. Je touche le fond. Les faux-monnayeurs.

En 1967 également sort un 45 tours, « Bye bye prêcheur ». Un prêtre s’adresse à un délinquant pour le faire revenir à la raison, mais le voyou dit au curé qu’il perd son temps. « Je ne suis plus l’enfant que tu as connu. Toi tu vis dans ta chapelle et moi dans la rue. Toutes les prières que tu m’apprenais n’ont pas réussi à retenir la fille que j’aimais ». Les chagrins d’amour l’ont éloigné de la religion.

 

7 colts pour Schmoll (1968)

Un titre de western et une couverture BD, illustrée par Giraud, l’auteur de Blueberry dans « Pilote ». Mais le succès n’est pas au rendez-vous. Eddy commence sa traversée du désert. Elle durera jusqu’en 1974.

Les titres : Be bop a Lula 1968. Sunny. Quelqu’un a dû changer la serrure de ma porte. Elle me voit beau. Bye bye love. Ordonne mais pardonne. Treize filles. Le fou sur la colline. Quitte à tout perdre. Only you. Tighten-up.

 

Mitchellville (1969)

Cet album vaut surtout pour sa pochette amusante. Le chanteur s’est déguisé en vampire, en cow-boy, en prostituée. Il reprend du Creedence Clearwater Revival. L’album passera inaperçu.

Les titres : Mon nom est Moïse. Paul. Au fil du temps. Envoie la lettre Maria. Je tombe de haut. Miss Caroline. Le marchand de bibles. Un nouveau jour sur la terre. Le jardin de l’Eden. Ton absence est un adieu. Le faiseur de pluie. Trois années d’amour.

Sur un 45 tours, en 1970, on trouve « Arizona ». C’est l’histoire d’un malfrat. « Du Michigan à San Francisco, je suis recherché. De jour en jour, le prix de ma peau ne cesse de grimper ». L’Arizona, c’est pour lui la terre promise. « Je n’y suis pas encore interdit ». « C’est ma dernière chance de recommencer ma vie ». Il voudrait s’y acheter un ranch, élever des chevaux. Le rêve de l’éternel cow-boy qui sommeille en lui.

Dans « L’accident », sur un autre 45 tours, la femme aimée est victime d’un accident de la circulation. « Tu vivras, le docteur l’a dit. J’ai bu chacun de ses mots ».

Sur un troisième 45 tours, « À l’ouest d’Eddy » parodie « À l’est d’Eden », le titre du film d’Elia Kazan avec James Dean, idole fifties. C’est aussi la direction que prit Caïn, fuyant Jéhovah. « A l’ouest d’Eddy », c’est le Far West, là où évoluent les acteurs légendaires, tous ceux qui hanteront « La dernière séance », de1977, Gary Cooper, Burt Lancaster, John Wayne, Jack Palance…

 

Rock’n’roll

Enregistré à Hérouville, dans l’Oise. Malgré une reprise d’Elvis Presley (« Big Boss Man »), l’album ne connaît pas un grand succès.

« Big Boss Man » est une réflexion sur les rapports maître-esclave. « Je suis un ver de terre, toi on te craint, on te vénère, cher grand patron ».

« L’arc-en-ciel » reprend la vieille légende du trésor caché. Les paroles font penser à celles des « Sabots d’Hélène », de Georges Brassens. « Et je n’étais pas le seul à espérer. Une jolie fille m’avait déjà devancé. Le vrai trésor c’était elle, je l’ai gardée. Arc-en-ciel, sois remercié ».

Autres titres : Le marchand de poupées. Ça n’arrive qu’aux vivants. Le nouveau mercenaire. J’aime le Rock’n’Roll. Rock’n’Roll star. Pauvre émigrant. Pneumonie Rock et Boogie Woogie Toux. Je te reviendrai toujours. Gwendolinda.

 

Zig-Zag (1972)

La pochette parodie le papier à rouler les cigarettes.

« C’est facile » connaît un certain  succès.

Les autres titres : En revenant vers toi. La nuit des maudits. Le vaudou. Personne. Stop. Le jeu. Cash. Je quitte la ville. Résurrection. Tout est dit.

 

Dieu bénisse le rock’n’roll (1972)

La pochette représente le porche d’une église, mais les statues des saints ont été remplacées par des statues de rockers.

Dans « La chanson de Judas », Mitchell veut surfer sur la vague Jésus Christ super star. Le traître des évangiles se permet de donner des conseils au Christ. Jésus aurait mieux fait d’être menuisier comme son père, plutôt que de jouer les prophètes. Les paroles, d’un goût douteux, prêchent la résignation en matière politique, réfutent toute idée de résistance. « Il faut que chacun reste à sa place sous l’occupation, il ne faut pas risquer les représailles. Nous sommes beaucoup trop voyants, nous sommes pris entre des tenailles ».

Eddy revisite Homère et les Mille et une Nuits (« Ulysse ». « Aladin »).

Autres titres : Je n’ai pas besoin de docteur. Le village abandonné. Oh Louise. Dieu bénisse le Rock’n’Roll. Le marchand de canons. Bobby Mc Gee. Le petit escroc. La fille du pasteur. Merci, Merci, Merci, Merci.

 

Ketchup électrique (1974)

Dans « Bye Bye 50 », le chanteur dit adieu à sa jeunesse. « Bye bye Elvis et ta gomina », « Mes 17 ans meurent avec toi ». « Bye bye juke-box et Blue Suede Shoes ». « Bye bye flipper et tes filles autour, qui donnaient au vainqueur un semblant d’amour ». Une chanson particulièrement nostalgique. Des allusions aux actrices disparues, aux événements internationaux, « Bye bye tendre Marylin Monroe. Bye bye Corée, Cuba, Algérie ». Le chanteur n’a que 32 ans, mais c’est déjà la fin d’une époque, d’un âge d’or.

« Au pays bleu » a tout d’un conte de fée. « Si tu fixes les yeux dans le regard bleu du chat noir, il pourra t’emporter au pays des fées, il sera ton page ». Il s’agit d’un Chat Botté new look. « Le roi du pays bleu exauce tous tes vœux, c’est un mage. Il t’invite à sa cour. Tu seras un jour reine des nuages ».

Autres titres : Alice au pays des amours. Chaque matin il se lève. Hey taxi hey. Superstition. Le coup de foudre. La fille en bois. Pouce. J’emporte mes années. L’enfant éléctrique.

 

Rocking in Nashville (1974)

C’est l’album du retour en grâce.

“Bye bye Johnny B. Good”, nouvelle adaptation du hit de Chuck Berry, parle d’un petit guitariste qui rêve de gloire, veut faire l’acteur à Hollywood. Mais ce personnage ne tourne que dans des films ringards. « Il dit qu’il va tourner aux dernières nouvelles un grand film sur la vie sexuelle de Beethoven ». Eddy y glisse des allusions à d’autres chansons du pionnier du rock : « Il va pouvoir enfin épouser Mabellene ». Les projets de Johnny sont tombés à l’eau. Il est devenu une sorte de vagabond. « Il chante n’importe où, et il dort dans les gares ». Le guitariste malchanceux se retrouve standardiste à Memphis, Tennessee », ce qui permet au chanteur de citer un autre hit du rocker américain.

« C’était un piège » dénonce les arnaqueurs, les marchands de moto, les fausses promesses des filles.

« C’est un rocker » brode sur le thème du qu’en dira-t-on, des réputations toutes faites, des images de marque. « Si je mange en gourmet dans un dîner de choix, qu’importe ma tenue, les gens diront de moi : « C’est un rocker, c’est un roller. L’estomac d’un rocker se limite au cheeseburger ». Eddy s’en prend aux « Faux intellectuels, journalistes étroits », aux « Faiseurs de fric », aux « Escrocs promoteurs ». Lui, il reste « franc-tireur », revendique sa liberté. Il décoche aussi quelques flèches contre les chanteurs décadents, le rock glamour.

« C’est la vie, mon chéri » met en scène un personnage mal réveillé. Le narrateur traîne une sorte de gueule de bois. Pour lui tout va de travers. « Ma brosse à dents ne rase pas car le dentifrice ne mousse pas. Le ketchup dans le café glacé a du mal à me réveiller ». Les bruits de la rue le gênent de plus en plus. « Dans la rue les marteaux piqueurs commencent à chanter en douceur ». Mais, plus loin, les mêmes engins servent à rythmer un câlin…

« La ballade de Bill Brillantine » : le nom du personnage est un peu décalqué sur celui de Bill Ballantine, l’aventurier, le compagnon de Bob Morane. C’est le portrait d’un voyou qui cherche la bagarre au moindre mot. « Son regard me donnait froid dans le dos ». « Adossé au mur, il jouait les durs ».

Autres titres : Southern confort. A crédit et en stéréo. Fume cette cigarette. Emmène-moi où tu veux. Là dans mon cœur. Ruby tu reviens au pays. Je ne deviendrai jamais une superstar.

 

Par Johnny Mitchell
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Mardi 22 décembre 2009 2 22 /12 /Déc /2009 17:15

Avec les Chaussettes Noires

 

Au début des années 60, Claude Moine, futur Eddy Mitchell, monte un groupe avec William Benaïm à la guitare solo, Aldo Martinez à la basse, Tony d’Arpa à la guitare rythmique et Jean-Pierre Chicportich à la batterie. Ils font du rock, du twist, des slows.

 

100% rock  (avril 1961)

 

Sur la pochette, des dessins de chaussettes noires pendent à un fil à linge. Le groupe est sponsorisé par la marque Stem.

 

« Hey Pony » est une chanson de rupture et d’indécision. Dans un premier temps, le narrateur s’adresse à Pony. Il ne mâche pas ses mots : « Retourne chez ta mère sans faire de discours. Ton cœur de pierre ne me jouera plus de tours ». Mais, deux secondes plus tard, il supplie Pony, l’implore de revenir. Le narrateur est un homme inconséquent.

 

« Daniela », sur des paroles signées A. Pascal, fait le portrait d’une tricheuse, d’une menteuse. « Tu dis les mots les plus beaux du monde, sans jamais les penser un instant ». C’est aussi une nouvelle Belle au Bois Dormant. « Chaque nuit tu attends en rêvant un visage adoré qui viendra t’éveiller en posant sur tes lèvres un baiser ».

 

« Fou d’elle » évoque une teen-ager sexy. « Elle n’a pas vingt ans, mais son corps est troublant ».

 

« Tu parles trop » se moque d’une bavarde, d’une indiscrète. « Tu parles à tort à des gens que tu ne connais pas. Tu dis bien fort ce que l’on pense tout bas ». « Tu parles trop à mon percepteur, de mon magot connais le chiffre par cœur ». Quelques années plus tard, sur le même thème, Michel Polnareff écrira « La pipelette ».

 

Sur « Be Bop A Lula », on mélange le français et l’anglais. C’est l’adaptation d’un succès de Gene Vincent. « Be bop a lula, she’s my baby, be bop a lula, toi, ma douce amie ». L’évocation du passé est accentuée par l’hyperbole : « Te souviens-tu de nos mille folies ? ».

 

 « Je t’aime trop » traite le thème de l’amour aveugle. « Je t’adore malgré tous tes défauts ». « T’adorer n’est pas un défaut ».

 

« Eddie sois bon » (la toute première adaptation de « Johnny Be Good ») dresse le portrait d’un paresseux, d’un oisif. « Crois-moi, il est bien temps de songer au labeur, au lieu d’aller traîner dans les boîtes de nuit et de passer ton temps à boire du whisky ».

 

Autres titres : La bamba rock. Oh Mary-Lou.

 

Rock’n’Twist

 

Sur la pochette, Les « Chaussettes » (comme on disait alors) en costume tergal, courent dans un pré, brandissant leurs guitares…

 

« Vivre sa vie » s’insurge contre une éducation trop répressive. La chanson s’adresse à des parents trop autoritaires. « Chaque soir vous l’attendez. Qu’as-tu fait ? Où es-tu allé ? A quoi bon l’importuner ? Il est jeune, il veut rêver ». « Laissez-le vivre sa vie ».

 

Dans « Rock des karts » le karting fait oublier une rupture amoureuse. « Un volant, quatre roues, c’est plus qu’une amie ». « Vous savez que l’amour n’a qu’un temps ». La vitesse, semble préférable à l’amour.

 

« C’est tout comme » est une chanson d’amour perdu. « C’est tout comme un cœur qui ne bat plus ».

 

« Quand je te vois » est à la fois en anglais et en français : « Pretty little angel eyes »…

 

« Dactylo Rock » fait un portrait enjolivé des secrétaires. « Elles travaillent le jour et la nuit, et même parfois tous les samedis ». « Elles sont douces et très jolies, ce sont les plus belles filles de Paris ». « Pour faire leur conquête, les directeurs perdent la tête. Elles valent bien ça ! ». Chanson un peu démago dans la mesure où le public des Chaussettes Noires était composé en grande partie d’employées de bureau.

 

Dans « Madame, Madame », l’amour est un vaste royaume. « L’amour a cent mille souveraines ». Là encore, l’érotisme est latent : « Yeah, vos seize ans, vos péchés, vos désirs cachés ».

 

Autres titres : Le twist. Trop jaloux. Petite Sheila.

 

En juin 1962, sur un 45 tours, « Le twist du canotier » est plus un sketch qu’une chanson. Les Chaussettes Noires y servent de faire-valoir à Maurice Chevalier, chanteur un peu rassis en 1962. Le vieux cabotin égrène sans modestie ses souvenirs de scène, se valorise à l’extrême. « Lorsque ma Pomme entrait sur le plateau, à l’Alhambra, à l’Apollo, les gens debout, la salle chauffée à blanc, je vous assure que ça twistait drôlement ». Le twist n’est pas une nouveauté pour le vieux chanteur, ce n’est que du recyclage. « Le twist, le jesteburg, le charleston, à peu de choses près, c’est le même pas. Pourvu qu’ça chauffe, on ne demande que ça ».

 

Le 2 000 000ème disque des Chaussettes Noires

 

« C’est la nuit » est une supplique pour un amour perdu. « Reviendras-tu, mon rêve disparu ? ». « Si tu m’entends, je t’en supplie, comprends, reviens tout comme avant ».

 

« Line » parle d’une indifférente, d’une fille au cœur froid : « Line n’écoute pas ce cœur qui bat. Pour elle, il n’existe pas ».

 

« Petite sœur d’amour » reprend le thème de l’amitié que l’on voudrait voir évoluer en quelque chose de plus tendre.

 

« La leçon de twist » sert de lancement à un nouveau pas de danse. « C’est une danse au rythme merveilleux ». On nous en explique en détail les règles, le processus et les techniques. « Les pieds devant et les deux mains fermées, légèrement penchés sur le côté, sans oublier aussi de pivoter ». « Vous vous baissez très lentement, tout en conservant le balancement ».

 

« Volage » évoque une infidèle, donne des conseils de conduite. « Ne faites pas mes amis la même erreur. Fuyez les filles au regard prometteur ».

 

Sur des paroles de Pierre Delanoë, « Les enchaînés » oscille entre amour romantique, promesses d’amour éternel (« Nos deux noms enchaînés qui sur la même pierre seront gravés ») et un érotisme sous-jacent : « Mais ce matin nos corps ont faim d’amour ».

 

« Le temps est lent » est un détournement du proverbe latin : « La vie est courte et l’art est long », qui devient ici : « Le temps est lent et l’amour est court ».

 

Autres titres : Peppermint Twist (première et deuxième parties). Le chemin de la joie. Non ne lui dis pas. Shake, rattle and rock.

 

En septembre 1962, sort un super 45 tours. « Parce que tu sais », sur des paroles de C. Nicolas. La fille aimée est égoïste, cruelle et a le cœur sec : « Parce que tu sais combien je t’aime, tu te joues de moi comme d’un enfant. Tu n’as de cœur que pour toi-même et me fais souffrir bien souvent. Tu n’as pas pitié de ce pauvre fou ». « Tu te moques bien de mon pauvre cœur blessé ».

 

En novembre, les chansons du film « Comment réussir en amour ».

 

« Boing Bong » est une square dance, une des meilleures chansons des Chaussettes Noires.

 

« Ça ne peut plus durer » est une chanson d’amoureux transi. « Je n’ose plus t’approcher de peur de t’effaroucher et de te perdre à tout jamais ».

 

Chaussette Noires Party (1963)

 

C’est un album moins réussi que les précédents. C’est un peu leur « Let it Be » avant la lettre…

 

« Il revient » évoque une mélodie obsédante. « Il revient, l’air de mes souvenirs, il me tient, il me poursuit partout ». Il s’agit encore d’une adaptation de Gene Vincent. Ce sera aussi l’un des tout premiers succès de Sylvie Vartan.

 

Sur des paroles de Charles Aznavour, « Jézabel » évoque un amour perdu. On est prêt à tout pour le retrouver. « Je ferais le tour de la terre. J’irais jusqu’au fond des enfers »…

 

« Ceci est mon histoire » est un texte épicurien. « L’avenir parfois nous joue des tours, aussi profitez du bon temps de l’amour ».

 

Autres titres : Ne délaisse pas. Big ben rock. Boom rang. Be bop a lula 1963. Oui, je t’aime. Je ne pense qu’à l’amour. Ce diable noir. Oui chef, bien chef. Pow wow.

Le service militaire mettra un terme à l’aventure.

 

 

 

 

Par Johnny Mitchell
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