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Ian MacDonald. Revolution in the head. Les enregistrements des Beatles et les sixties (Le mot et le reste) ****
Quasi exhaustif
Il existe peut-être une centaine d’ouvrages sur les Beatles, certains fort médiocres et bourrés d’erreurs (les pitoyables miscellanées de Gilles Verlant). Mais l’ouvrage d’Ian MacDonald est un grand classique déjà ancien (1994, réactualisé à deux reprises). On en attendait la traduction depuis plus de quinze ans. Enfin une approche intellectuelle des Fab Four , une vraie mine. Toutes les chansons y sont répertoriées avec intelligence et à propos. Il suffit de se pencher pour recueillir des trésors.
Un seul reproche, son élitisme. Les commentaires musicaux, trop ardus, plombent un peu l’ouvrage. L’auteur aurait dû faire un effort de vulgarisation. On se sent un peu snobé. On a l’impression de lire une revue comme « Diapason » qui soudain aurait perdu ses œillères, pris un virage pop, se serait ouvert au monde du rock.
Ce genre d’ouvrage change tellement de la vacuité abyssale de la critique rock en général qu’on est navré d’y lire de temps à autre des commentaires entachés d’une certaine subjectivité : l’auteur, par exemple, traite « Piggies » d’embarrassant faux pas dans l’œuvre de George Harrison, alors qu’on peut la considérer aussi comme une de ses meilleures chansons, avec cet effet de distanciation entre les paroles ironiques et la musique de menuet. D’ailleurs, Ian MacDonald semble ignorer ce concept, ces effets de distanciation, c’est dommage.
Il y a aussi quelques erreurs de traductions : « Fourth Time Around » de Dylan ne signifie pas « pour la quatrième fois » mais plutôt « quatrième tournée », comme je l’avais signalé à un biographe qui d’ailleurs a oublié de me créditer.
A propos d’ « Eleanor Rigby », on apprend que, pour le romancier A.S.Byatt, le texte présente « la perfection minimaliste d’une nouvelle de Beckett ». L’exégèse en semble pertinente : « La foi religieuse est morte en même temps que l’esprit communautaire (« pas un ne fut sauvé ») ». Les Américains préféreront « la légèreté apaisante » de « Yellow Submarine » au pessimisme d’ « Eleanor Rigby ».
Pour « Yellow Submarine » justement, les Beatles ont dévalisé la pièce d’Abbey Road où étaient « entreposés toutes sortes d’objets potentiellement bruyants – chaînes, sifflets, sirènes, tuyaux, clochettes et même une vieille baignoire en étain. » Et la fanfare, d’où vient-elle donc ?... Ian MacDonald semble anticiper nos questions... « Divers autres effets seront piochés dans des disques, dont un fragment non crédité d’un vieux 78 tours de musiques de fanfare, coupé par Martin et habilement inséré dans les deux dernières mesures du dernier couplet. »
Les notes infrapaginales ne sont pas de reste : « Le fragment en question est probablement issu de la marche « Le Rêve Passe » (Krier-Helmer, 1906). »
« When I’m Sixty-Four » est décrit par McCartney comme « une parodie de la vie dans le nord de l’Angleterre ».
« Sgt. Pepper » semble un concept imaginé par Paul : « Une réincarnation des Beatles sous la forme d’un alter ego collectif. Sur la chanson-titre, « les effets de bruits de foule et d’accordage d’un orchestre furent empruntés à la captation par Martin du spectacle de comédie Beyond the Fringe (donné au Fortune Theatre de Londres en 1961). » Quant à McCartney, il « a remplacé un solo d’Harrison que celui-ci avait mis sept heures à enregistrer. Ceci pourrait avoir contribué à la moindre implication d’Harrison dans Sgt. Pepper. »
En ce qui concerne « Cry Baby Cry », « De tous les Beatles, c’est Lennon qui avait le plus facilement accès au monde de l’enfance, et cette chanson, avec son soleil trompeur et ses rires mystérieux derrière des portes entrouvertes, est l’un des produits les plus évocateurs de ce canal créatif ».
Un livre qui ravira les spécialistes les plus avertis, comme Louis-Marie Desaivres. Un ouvrage indispensable, je vous dis !
528 pages, broché, 28 euros, cahier quadri.
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